Hugo Barral et Sélim Atmane photo

Crédit photo : Camille Dronne

C’est un duo qui s’est formé en BTS audiovisuel avec un goût pour le cinéma de genre. Leur dernier court métrage, Stigmate, introduit les codes de l’épouvante dans un contexte médiéval d’épidémie et de paranoïa.
Quels sont vos parcours ? 

Hugo : C’est un parcours commun, parce qu’avec Sélim, on s’est rencontré en BTS Audiovisuel option montage et on a tout de suite eu envie de lancer des projets personnels ensemble. On s’est retrouvé tous les deux sur l’idée que faire du montage ça permettait d’apprendre à raconter des histoires. Moi, je suis rentré dans une boîte de post-production en sortant de BTS, donc j’ai fait de l’assistanat de montage, plutôt sur des formats courts publicitaires et clips. Mais j’ai jamais trop voulu aborder le montage cinéma pour.ne pas m’en satisfaire et pour garder de l’énergie pour nos projets. C’est toujours un peu un fil tendu entre mettre le pied à l’étrier et préserver son l’envie. 

Sélim : On est rentré en BTS un peu pour les mêmes raisons, pas uniquement pour le montage en soi mais pour acquérir une manière de raconter des histoires et  se servir du BTS comme un tremplin technique plus que pour un diplôme et tout de suite un métier. On s’est mis à bricoler et à rigoler ensemble, car c’est aussi beaucoup de rigolade. On a pas toujours eu le même parcours depuis l’obtention du diplôme, mais il y a toujours eu un projet pour maintenir notre lien et cet apprentissage commun depuis dix ans. Après le BTS, j’ai fait une licence de cinéma à Paris et j’avais pas particulièrement envie de vivre du montage. J’y suis tout de même passé à un moment, en télévision et de manière éloignée de la création telle qu’on aime l’aborder avec Hugo. Les années avançant je me suis éloigné du montage comme pratique professionnelle, pour me consacrer à nos projets. Il me faut un temps important pour réunir l’énergie, me concentrer et faire les recherches et j’aime bien sacraliser cette étape.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser ? 

Hugo : L’envie de raconter des histoires et aussi de faire les films qu’on aurait aimé voir. C’est une réponse répandue mais c’est vrai ; pour ma part, il y a plein de films pour lesquels j’imagine en les voyant certaines directions dont je me réjouis et à la fin je suis déçu. Donc on imagine les films qu’on voudrait voir pour passer un bon moment avec les copains. Je regrette souvent de ne pas être plus surpris au cinéma, pas uniquement par l’histoire mais aussi par la manière de faire. Et nous en contre-pied, on aime bien créer des ambiances en utilisant des effets, de la musique ou une mise en scène un peu étonnante. Et nos projets sont vraiment fondés sur cette idée de surprise, c’est un vraiment un moteur et un plaisir. 

Sélim : Oui, pour la réalisation on parle de l’envie de raconter des histoires mais j’ajouterais avec tous les canaux possibles. C’est ce qui est génial avec le cinéma, c’est qu’on peut s’exprimer de tellement de manières différentes : via l’image, via le son, via le montage, via la mise en scène. Être à la réalisation, c’est avoir la main sur tout ça et avoir la possibilité de jouer sur tellement de niveaux différents, de surprendre avec des codes aussi, de faire des sorties de route, etc. C’est vrai que cette notion de surprise et de cette volonté d’attraper le spectateur est cruciale pour nous. Et c’est pour ça aussi qu’on aime fréquenter le cinéma de genre. Cela nous offre tout un tas d’outils. En ce sens, on a développé un langage commun avec Hugo qui nous permet en tournage, quand on a très peu de temps, pour ne pas perdre le fil de notre intention.

Quelles sont vos influences ?

Hugo : Il y en a beaucoup. J’ai des films d’enfance qui sont pas tous avouables, des films d’actions avec Schwarzenegger avec des explosions, ou des films de kung-fu, des trucs comme ça. Ce n’est pas forcement ces films qui m’ont donné le plus envie de faire du cinéma, mais je les ai beaucoup regardés et je pense que j’ai beaucoup appris en terme de mise en scène et et dans la manière de créer des personnages intéressants très rapidement. Dans les trois premières minutes, on a le contexte, le personnage, son historique et ses intentions. En terme d’efficacité, ce sont des films très très impressionnants. Et puis, il y a des films toujours américains, comme Taxi Driver, qui est un film d’auteur et qui m’a beaucoup stimulé pour passer à la réalisation. C’est bon film exemple de film d’auteur qui joue avec différents codes et qui demeure pourtant accessible. Et puis pour notre court-métrage Stigmate, on a découvert le cinéma d’épouvante japonais des années 90-2000 : Hideo Nakata (Ring), Kiyoshi Kurosawa (Kaïro) parce qu’ils sont dans l’économie, il y a rien de gore. Tout est dans le regard, dans la peur d’avoir peur. 

Sélim :  La question des influences est toujours un peu compliquée, parce qu’on peut citer des maîtres absolus sans que ça dise vraiment ce qu’on va prendre dans ces univers. Avec Hugo, nous avons été amenés à réfléchir à ce qui nous plaît tant dans ce cinéma un peu mainstream et ce qui tient fonctionne encore aujourd’hui. Moi, j’ai regardé les films d’Hitchcock petit et il y a cette efficacité dont il parle, bien que ça ne se soit pas du tout le même genre. C’est pas des explosions et des coups de pied mais c’est des caractérisations de personnages ultra rapides, c’est un génie de la mise en scène qui font qu’en  trente secondes, en un regard, on a compris les enjeux. Dans les références communes avec Hugo, on en revient souvent à John MacTiernan, le pape du cinéma d’action, mais qui demeure un véritable auteur avec un sens de la mise en scène et de la chorégraphie de son film. Et ça c’est transposable dans n’importe quel univers ou scénario. Ce côté hyper fascinant de films qui tout en étant dans le divertissement parviennent à développer un propos, à communiquer un ressenti. Et le genre, c’est l’écrin parfait pour ça : chez Carpenter, ou Cronenberg, le genre est toujours un prétexte pour traiter une thématique donnée. C’est jamais le genre pour le genre. Effectivement, nos références sont des longs métrages. Forcément que ça joue dans cette équation un peu compliquée de vouloir faire un film de trente minutes en ayant que des rêves de films de deux heures quarante. Ce sont  deux mondes qui s’entrechoquent.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans la forme du court-métrage ?

Hugo : Le format court, on l’aborde avec une liberté qu’on aurait pas sur du long et sur d’autres formats. Comme c’est du court-métrage, d’un point de vue économique, il n’ya pas la pression de devoir faire un film qui sera rentable, qui trouvera un public. On sort de cette nécessité, donc on aborde le court comme un laboratoire, et c’est une libération d’aller vers ça. Mais on s’est déjà pris les pieds dans le tapis en partant d’une idée simple qui au fur et à mesure se développait et on se trouvait à l’étroit dans un format court. Nos envies de cinéma sont plutôt connectées au temps long, à des plans qui durent. 

Sélim :  En théorie effectivement, le court métrage est un laboratoire. Mais le fonctionnement des commissions de financement, qui se réunissent tous les trois-quatre mois, avec des demandes de réécriture, crée un décalage entre le temps de la préparation et le format court. Pour Stigmate, on a eu trois ans de préparation pour trente minutes. Et en plus, dans ce délai, les recherches qu’on nous a demandées pour enrichir le personnage ou le contenu, nous ont amenés  à développer des idées qui n’avaient plus forcément leur place dans un format court. 

Est-ce que vous regardez des courts-métrages ?

Hugo : Quand j’étais au lycée, je suis allé à plusieurs éditions d’un festival à Poitiers. J’étais  allé à plusieurs éditions ; je prenais mon vendredi pour y aller. Je me souviens avoir été vraiment étonné par ce que j’ai y vu, j’ai découvert des univers très différents et immersifs dans le sens où on y entre très vite et on est pas forcément frustrés d’en sortir aussi. C’est ce que j’ai re-découvert plus récemment, c’est parfois une vraie frustration quand ça se termine, il y des personnages qui se lancent, un dispositif qui se crée, on a envie d’en voir plus, que ça ne s’arrête pas sur une fin ouverte, comme souvent.  Mais j’ai aussi le souvenir de films qui avaient un début, un milieu et une réelle fin, comme des petits bonbons, des petits pastilles. Je trouve ça très fort d’arriver à faire ça.

Sélim : On s’est mis à en regarder assez tardivement, plutôt pour découvrir des comédiens et des façons de mettre en scène. Principalement parce que le court métrage n’est pas si accessible que ça, à part en festival où ne va pas aussi souvent qu’on voudrait.

Quel est votre regard sur la production française ?

Hugo : Avec Stigmate, on a fait cette une expérience de présenter du film de genre aux commissions. Notre point de départ, qui était d’expérimenter autour de la peur n’était parfois entendu . On a pensé notre film en tant que film et pas uniquement en tant qu’histoire et en terme d’intentions, parce que le cinéma comme on l’a évoqué à la question de nos influences, ça ne repose pas uniquement sur du cérébral.Ça fonctionne aussi via de l’affect, et c’est notre manière de concevoir le cinéma. On a eu le sentiment d’être attendu sur des sujets qu’on avait pas l’intention d’aborder et cela peut être contre-productif.

Dans le cas de Stigmate, qui se déroule en partie dans un monastère, on nous a par exemple beaucoup demandé d’expliquer notre rapport à la foi dans le scénario, alors que ce n’est pas du tout le sujet du film.

Et c’est dommage parce que cet ensemble de barrières, cela empêche certainement tout un tas de beaux films d’exister. Nous étions deux et nous avons réussi à garder l’énergie, mais ça a été parfois frustrant. 

Sélim :  Oui, il y a quand même une défiance fondamentale à l’égard du cinéma de genre. Avec Stigmate, on sentait qu’on nous attendait uniquement sur le scénario et qu’il fallait que toute l’intention du film soit contenue dans l’histoire. On a eu l’impression de présenter un ovni, alors que c’est un récit linéaire, traditionnel, référencé. Et on s’est retrouvé avec un scénario qui est extrêmement retravaillé et très écrit mais pour lequel au moment de le mettre un scène, il a fallu réinventer des idées qui n’existaient que sur le plan scénaristique. Ce qui a été positif en revanche c’est que nous avons appris à ré-écrire et que beaucoup de retours des commissions ont été très constructifs. Sur la production française de genre, il y a pas mal de choses qui changent. Il y a un vraiment un vent nouveau qui souffle, cette année sont sortis Teddy (Ludovic et Zoran Boukherma), La Nuée (Just Philippot) mais aussi Méandre (Mathieu Turi), Le Dernier voyage (Romain Quirot). Peut-être que c’est lié à un renouvellement générationnel des producteurs français, qui ont sans doute davantage vu les films de genre du nouvel Hollywood,  et pour qui ce cinéma américain des années 1970-80 (Cronenberg, Ridley Scott, etc. ) est aussi une référence.

Vos derniers coups de ?

Sélim et Hugo : Pour revenir sur cette idée de frustration, cette envie au terme d’un court métrage, que l’expérience se poursuive , il y a deux courts métrages qui nous ont marqués :  Sequence de Carles Torrens (2013), que nous avons vu il y a un moment déjà. Et très récemment Horacio de Caroline Cherrier (2019) dont l’écriture nous a beaucoup impressionnés car intégralement en voix-off. Ce choix est périlleux mais cela fonctionne très bien. À la fin de ce court-métrage, on avait envie que  ça continue pendant une saison. 

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Catégories : Kontrechamp

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